Histoire de Chiang Mai

Bien qu’elle ait célébré son 700e anniversaire en 1996, Chiang Mai, littéralement « ville nouvelle », a conservé son patronyme.

C’est à Ngoen, dans la ville actuelle de Chiang Saen, que le Roi Mengrai verra le jour sur les berges du Mékong en 1238. 58 ans plus tard, il fondera Chiang Mai, et en fera le centre névralgique du royaume Lanna. Au carrefour des routes commerciales de l’Asie du Sud-est, la capitale historique du Lannathaï s’est peu à peu muée en pôle économique, culturel et religieux imposant, avant de sombrer sous l’occupation birmane qui plongera la cité dans deux siècles de délabrement et d’indigence.

Aujourd’hui, la ville et sa province ambitionnent de s’ériger en hub mondial de la créativité et de l’innovation, et fait fièrement valoir sa pluralité ethnique, la diversité de ses paysages et ses allures de jeune capitale culturelle décontractée. Retour sur l’Histoire de la Rose du Nord, de l’épopée Lanna au projet Creative Chiang Mai…

 

 

La Genèse de la « Nouvelle Ville » (Traduction de « Chiang Mai »)

Le nord de la Thaïlande s’est longtemps montré hostile aux alliances et à l’union. Il faudra attendre le 8e siècle pour voir le royaume môn de Hariphunchai fédérer quelques principautés sous une bannière commune, durant la période pre-lanna, et jeter les bases d’un Nord uni.

A la fin du 13e siècle, le Roi Mengrai concrétisera ses convoitises sur le Hariphunchai et l’annexera au royaume Lanna, en 1292, scellant par là-même son hégémonie sur les provinces du Nord.

Après l’échec du projet du déplacement de la nouvelle capitale Lanna à Wiang Kumkan à cause des inondations répétées, perçues comme une malédiction des Dieux, le roi Mengrai fera construire une « nouvelle ville », « Chiang Mai » en Thaïlande du Nord, à l’abri de la route des Mongols en direction des Indes et de la Bactriane (1296).  Avec un climat favorable, des terres étonnamment fertiles et des cours d’eau porteurs de végétation et de moissons abondantes, la ville s’érigera en moteur économique du royaume Lanna.

Fortifiée, Chiang Mai recevra vite des milliers de paysans qui assureront le travail de la terre et la culture du riz et du bétel.

 

Vestiges des Remparts de Chiang Mai
Vestiges des Remparts de Chiang Mai

Chiang Mai de la Période Post-Lanna

Avec le déclin progressif du royaume au « million de rizières », Chiang Mai perdra peu à peu son statut de capitale économique et culturelle et tombera de nouveau sous l’occupation birmane en 1556.

En amont du règne de Mengrai, le roi Anawrahta de Pagan (aujourd’hui Bagan en Birmanie) avait contrôlé la ville et ses alentours pendant une courte période au 11e siècle. Cette fois-ci, l’invasion birmane se traduira par une occupation de plus de 200 ans, qui portera un coup fatal au rayonnement de la ville. Chiang Mai deviendra très vite une cité fantôme.

En 1775, la ville sera reprise par les Thaïs sous le règne du roi Taskin qui avait fait de Chao Kavila, un chef de la ville voisine de Lampang, le vice-roi du Nord.

De par sa localisation stratégique, son irrigation permanente et ses terres fortement arables, Chiang Mai continuait d’attiser les convoitises des Birmans. C’est dans le dessein de la sécuriser définitivement que Kavila fit construire des murs de briques de plusieurs mètres de hauteur dans le périmètre de la cité, tout en l’agrandissant dans la direction du sud et de l’est. Il établira également un port fluvial au bout du Thaa Phae, littéralement « rideau de quai ».

Chiang Mai sous Kavila

Le règne de Kavila se traduira par le renouveau de Chaing Mai, qui retrouvera peu à peu son influence régionale en tant que carrefour des routes commerciales.

Au 19e siècle, et malgré des relations tendues avec son voisin du nord, Chiang Mai accueillera de nombreux notables birmans qui feront construire des temples Shan encore visibles aujourd’hui. Pour lier la ville au reste du royaume Siam auquel elle se rattachera dès 1933, une ligne de chemin de fer sera construite entre 1902 et 1924, principalement par des ouvriers birmans. Ce gros-œuvre sera d’ailleurs marqué par de nombreuses manifestations de la part des ouvriers qui protestaient contre les conditions de leur travail. Ces manifestations se solderont par des escarmouches avec les troupes de Chiang Mai, que les historiens désignent sous le nom de « Rébellion Shan ».

L’adhésion de Chiang Mai au royaume Siam sera définitivement scellée par la visite officielle du roi Rama VII et de son épouse, la reine Rambaibani, en 1927, première du genre d’un monarque du « centre ».

 

 

Chiang Mai Aujourd’hui

Bien qu’elle ait été relativement épargnée par les affres des deux guerres mondiales et des autres conflits armés qui ont secoué la région (guerre d’Indochine et répercussions régionales de la Guerre Froide), Chiang Mai sera profondément impactée par la guerre civile laotienne et birmane.

En effet, les minorités ethniques du Laos qui avaient rallié les forces américaines pour combattre les communistes du Pathet Lao trouveront refuge dans les hauteurs de la province de Chiang Mai après l’issue de la guerre qui leur a été fatale.

D’un autre côté, l’avènement du pouvoir de la junte militaire en Birmanie se traduira par la persécution de nombreuses minorités ethniques qui fuiront vers le Nord de la Thaïlande. Aujourd’hui, ces réfugiés sont regroupés sous l’entité hétérogène des « tribus des collines ». Bien qu’elle ait résulté d’un pan douloureux de l’histoire de la région, cette pluralité ethnique est aujourd’hui un trait indissociable de l’identité de Chiang Mai.

A mille lieues de son image folklorique et traditionnelle des années 1980, Chiang Mai aspire aujourd’hui à incarner l’émergence des Tigres asiatiques par le biais de la vision Creative Chiang Mai, qui vise à propulser la ville au rang des hubs de l’innovation et de la créativité à l’échelle mondiale.

 

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