La Religion dans la Province de Chiang Mai

Si la constitution thaïlandaise exige que le Souverain soit d’obédience bouddhiste (Theravada), elle garantie la liberté de cultes à tous les citoyens, si bien qu’elle ne mentionne aucune religion d’Etat. Il faut dire que la Thaïlande est une nation hétéroclite, peuplée de plusieurs ethnies très portées sur la spiritualité. En rapport avec la démographie du nord de la Thaïlande, voici une cartographie des religions les plus répandues dans la province de Chiang Mai…

 

 

Le bouddhisme Theravada

A l’image de leur souverain, les Thaïlandais sont (très) majoritairement bouddhistes Theravada (94%). Le bouddhisme en Thaïlande remonterait au 5e siècle, qui a vu l’Empire indien étendre son influence sur l’ensemble des pays de l’Asie du Sud. Du 5e au 13e siècle, plus de 900 temples seront construits en Thaïlande sous l’Empire Khmer, et abriteront les rites religieux du bouddhisme de l’école Ari. Après le déclin de cette branche en Inde, les Thaïlandais se convertiront progressivement vers le bouddhisme Theravada, sous l’influence des moines cingalais, très actifs au Laos, en Cambodge et en Thaïlande. Il faudra attendre le 13e siècle et la création du Royaume de Sukhothaï pour voir le bouddhisme Theravada s’ériger en religion d’Etat. Aujourd’hui, le nord de la Thaïlande est dominé par cette religion, à l’exception des hauteurs occupées par les tribus des collines qui affichent une hétérogénéité religieuse remarquable.

Moines Bouddhistes au temple Wat Phra Dhammakaya
Moines Bouddhistes au temple Wat Phra Dhammakaya

Les religions des Thaïlandais d’ascendance chinoise

Les Thaïlandais d’ascendance chinoise ont tenu à maintenir leurs croyances traditionnelles. Ainsi, une petite partie de la population du nord de la Thaïlande pratique le culte des ancêtres, la vénération de dieux locaux, le Taoisme, le Confucianisme ou encore le Deisme. L’ikuan Tao s’est également frayé un chemin en Thaïlande depuis les années 1970. L’engouement des Thaïlandais a été tel qu’il compte aujourd’hui plus de 7 000 églises pour quelque 200 000 convertis chaque année.

L’hindouisme et les autres religions traditionnelles

L’impact de l’hindouisme sur le Royaume de Thaïlande est encore visible aujourd’hui : de nombreux hindous d’Inde ont élu domicile dans les grandes villes et pratiquent leur religion dans les nombreux lieux qui leur sont dédiés. Le célébrissime Ramakien, l’épopée nationale thaïlandaise, est foncièrement basé sur le Ramayana hindou. Selon un sondage de 2005, 0,09% de la population pratique l’hindouisme en Thaïlande.

De nombreuses religions indigènes subsistent au nord de la Thaïlande. Elles partagent des croyances liées au culte des ancêtres et des esprits.

Les tribus des collines : les croyances traditionnelles jouent des coudes avec le christianisme et le bouddhisme

Bien qu’ils revendiquent des origines parfois fantaisistes, véhiculées par une tradition mythologique relatée à l’occasion de diverses cérémonies, les tribus des collines sont en réalité la continuité de l’exode des peuples du sud des régions sino-tibétaines dans les pays voisins pour des raisons diverses, depuis plus de 2 000 ans. S’ils forment aujourd’hui le peuple des collines, dans les hauteurs thaïlandaises, ils continuent à cultiver une hétérogénéité remarquable, dont les illustrations les plus éloquentes restent les croyances religieuses. Des enseignements du taoïsme chinois au culte des Anciens, en passant par l’animisme et le christianisme, les composantes du peuple des tribus tentent, parfois laborieusement, de conserver leurs religions traditionnelles, aujourd’hui menacées par l’ouverture progressive aux influences exogènes portées par le bouddhisme et le christianisme.

  • Le « Zahv » des Akhas

La religion Akha, le « Zahv », repose sur la combinaison de préceptes animistes et d’éléments du culte des Anciens. Lors de leurs différents rites religieux, les Akhas mettent en exergue leur attachement mystique à la terre et aux éléments naturels. L’identité de l’ethnie Akha est déterminée la pratique religieuse, dans la mesure où l’appartenance à l’ethnie Akha est strictement conditionnée par l’adoption du « Zahv ». Le rite annuel des Akhas est ponctué de diverses offrandes (principalement du riz), mais aussi de « rituels de bénédiction » (guivlahav), comme la construction de portails dans le pourtour du village. Les Akhas considèrent que la bénédiction des Anciens se matérialise par la fertilité, la santé, les moissons abondantes et l’accroissement du bétail. Les enseignements du Zahv, ou la « méthode Akha », a été transmise oralement aux nouvelles générations.

  • Hmongs : animisme teinté de christianisme

Les Hmongs contemporains peuvent difficilement être réduits à un prisme religieux homogène. En effet, les croyances traditionnelles, qui mêlent shamanisme et culte des Anciens cohabitent avec le christianisme, suite à la prédication actives des missionnaires en Asie du sud-est au début du 19e siècle. Les Hmongs attachent une grande importance à la spiritualité humaine qui serait la « cause suprême » des constats du monde physique. La quête de la satisfaction des esprits des Anciens est, selon les Hmongs, le seul moyen d’atteindre la prospérité. Cela est rendu possible par divers rites religieux : offrandes agricoles, billets funéraires, encens…

  • Les Lisus : des croyances traditionnelles menacées par une christianisation croissance

Comme les Hmongs, les Lisus pratiquent une religion inclusive qui reprend des éléments de l’animisme, du culte des Anciens mais aussi d’un système local complexe de rites religieux. Le shaman est le principal garant de la religion des Lisus. Chaque village dispose d’un bosquet sacré, où les Lisus disposent leurs offrandes pour l’esprit du ciel, communément appelé « l’esprit du Vieux Parrain ». Depuis le début du 20e siècle, de nombreux Lisus se convertiront au christianisme, principalement en Chine et en Birmanie, suite aux efforts de missionnaires d’envergure, comme James O. Fraser, Allyn Cooke et Isobel Kuhn. Aujourd’hui, nous dénombrons 450 000 Lisus d’obédience chrétienne en Chine et en Birmanie. Les Lisus thaïlandais sont restés particulièrement hermétiques à cette tendance.

 

 

  • Les Karens : bouddhisme et christianisme

La majorité des Karens sont adeptes du bouddhisme theravada (65%). Cette branche issue de l’école Sthaviravada est la plus proche du bouddhisme primitif. Les Karens ont embrassé cette religion au cours de leurs migrations, principalement en Birmanie, au Laos et en Thaïlande. En dépit de leur pratique du bouddhisme, les Karens sont également animistes, et croient en le « klar », matérialisé par 37 esprits qui habitent chaque individu, et qui conditionneraient sa santé et son destin.

Tha Byu est le premier Karen officiellement converti au christianisme, en 1828. Aujourd’hui, 35% des Karens sont chrétiens, et 90% de ceux qui ont obtenu le droit de résidence aux Etats-Unis se disent d’obédience chrétienne.

  • Lahu : bouddhisme theravada et culte des esprits

Avant leur conversion au bouddhisme à la fin du 17e siècle, les Lahus ont longtemps pratiqué une religion polythéiste. Le 19e siècle marquera l’arrivée des missionnaires en Birmanie, ce qui poussera de nombreux Lahus à se convertir au christianisme. De nombreux Lahus du Nord thaïlandais ont embrassé le bouddhisme theravada sous l’influence des moines de la forêt (Tudong durant la décennie 1930. Les Lahus de Thaïlande pratiquent également le culte des esprits ainsi que des rites religieux inspirés par la religion chrétienne.

  • Le taoïsme Yao

Les Yaos ont adopté le taoïsme chinois dès le 13e siècle. Depuis, ils ont adapté les enseignements du taoïsme à leurs croyances traditionnelles, notamment le culte des ancêtres et des esprits, tout en retranscrivant les textes sacrés en langue Yao. Aujourd’hui, les Yaos sont adeptes du taoïsme Yao, mais aussi du bouddhisme et du christianisme. Toutefois, les convertis ne renoncent pas à leurs rites traditionnels et continuent de pratiquer le culte des ancêtres.

 

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