La Tribu Akha: une Origine Incertaine

A l’aube du 20e siècle, alors que la république des Philippines déclarait la guerre aux Etats-Unis d’Amérique, que l’archéologue allemand Robert Koldewey découvrait, ébahi, les murailles antiques de Babylone, et que la famine n’en finissait plus de décimer l’Inde voisine, un petit peuple originaire de Chine entamait un exode massif, qui le mènera à sa Thaïlande d’adoption, après une escale de plusieurs décennies en Birmanie.

 

 

Bien que la documentation qui témoigne de leur histoire contemporaine reste relativement anecdotique, les tribus du nord de la Thaïlande sont de plus en plus étudiées par les historiens et autres académiciens, intrigués par ce « peuple des collines » à l’hétérogénéité ethnique remarquable. Cet engouement ne sera pourtant pas suffisant pour résoudre le mystère de la tribu Akha : sont-ils originaires la province de Yunnan, à l’extrême sud de l’Empire du Milieu ? Les sages Akha sont formels : le berceau de ces indigènes serait la frontière tibétaine, n’en déplaise aux ethnologues…

Vêtements Traditionnels de la tribu Akha
Vêtements Traditionnels de la tribu Akha

La Tribu Akha : une présence ethnique diffuse

A l’image des Kurdes, des Basques ou encore des Touaregs, les Akha résident aujourd’hui dans des élévations géographiques qui s’étendent sur quatre pays frontaliers : la province chinoise de Yunnan, le Laos, la Birmanie et la Thaïlande, où ils ont élus domicile en conséquence des guerres civiles, des multiples invasions et autres contretemps historiques qui ont relativement épargné le pays du Sourire.

Cette implantation multinationale se matérialise par une polyglossie appuyée, dont les composantes sont l’Akha, une langue de la famille lolo-birmane localement appelée « Avkavdawv », le laotien, de la branche dite kam-tai de la famille des langues tai-kadai, aujourd’hui langue officielle du Laos voisin, et le thaï, qui compte un peu plus de 60 millions de locuteurs, principalement en Thaïlande.

Aujourd’hui, les Akhas, également appelés Kaw ou Akha-Ekaw, peuvent surtout être aperçus au nord de la Thaïlande, dans les provinces de Chiang Rai et Chiang Mai, où ils font office de principale minorité appartenant aux fameuses « tribus des collines ». Les données démographiques ne sont pas légion, mais leur nombre est estimé à 400 000. La détérioration des conditions écologiques ainsi que leur réclusion dans les hauteurs montagneuses, souvent hermétiques au progrès de la médecine, sont les principaux facteurs de la stagnation démographique qui caractérise ce peuple.

Maison typique de la tribu Akha
Maison typique de la tribu Akha

L’agriculture de subsistance, mais pas seulement…

Subordonnés à un mode de vie rudimentaire, conditionné par les tergiversions météorologiques et la générosité des terres du nord thaïlandais, les Akhas subsistent grâce à l’agriculture, et se nourrissent principalement de soja, de légumes et de riz, qui reste tient une place particulière dans la tradition Akha. La production de l’Opium, autrefois abondant dans les contrées occupées par les membres de la tribu akha, a été prohibée par le gouvernement thaïlandais.

Outre leur travail de la terre, les Akha élèvent du bétail, notamment des poulets, des canards, des chèvres, des bovins et des buffles d’Amérique pour compléter leur régime alimentaire fortement végétarien. Les enfants s’occupent généralement de l’élevage et de la domestication du bétail ; tandis que les femmes sillonnent les forêts environnantes pour collecter les plantes nourricières et médicinales, mais aussi les œufs et les insectes.

Les activités halieutiques, elles aussi rudimentaires, sont assurées aussi bien par les hommes que par les femmes, dans les lacs et les ruisseaux, par analogie à la chasse qui demeure exclusivement masculine et qui prend une nouvelle ampleur depuis le remplacement progressif des arbalètes par des armes à feu issues du commerce avec les villes avoisinantes.

Si l’économie de subsistance et la culture rentière restent largement la norme parmi les Akhas, d’autres formes de commerce se sont peu à peu développées, sous l’influence des contacts répétés avec l’extérieur. Le coton, l’opium et le pavot ont peu à peu étoffé les sources de revenu des Akhas, et la revente de marchandises achetées dans les villes est de plus en plus privilégiée par certaines familles.

Aujourd’hui, les Akhas se trouvent sollicités par l’industrie du tourisme, parfois contre leur gré. Cela se concrétise par « l’immersion » de touristes étrangers dans la vie de tous les jours de la tribu akha en Thaïlande, participant ainsi aux activités halieutiques, à la confection des artefacts typiques et des costumes traditionnels. Bien que les péripéties de ces incursions restent le plus souvent mises en scène par les tour-opérateurs, elles suscitent un engouement croissant, particulièrement de la part des voyageurs issus de l’Europe de l’Ouest.

Village Akha
Village Akha

Traditions, célébrations et croyances du Peuple Akha

En dépit d’un contexte socio-économique difficile, les Akhas ont à cœur de préserver leur patrimoine culturel, porté par une combinaison fascinante de rituels, de chants traditionnels et de danses sacrées qui ponctuent régulièrement leurs célébrations. Profondément attachés aux racines, les Akha accordent une importance particulière à l’arbre généalogique, pour une raison plutôt surprenante. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est impossible pour un Akha, selon la tradition de la tribu, d’épouser une femme qui partagerait avec lui un lien familial, sauf si le seul lien établi remonte à 7 générations ou plus. De plus, un mariage sera formellement prohibé s’il arrive que l’époux soit né le jour du tigre et que sa dulcinée soit née le jour du cochon. Cette union serait « maudite », selon la croyance akha.

Les Akhas sont facilement reconnaissables par leur style vestimentaire coloré. Les femmes s’habillent en leggings larges et chemise noire courte, et portent une escarcelle décorée de perles blanches. En période de froid, elles arborent une veste ample dont les poignets et revers sont massivement brodés. L’artefact le plus exubérant des femmes akha reste la coiffe qui varie en fonction de l’âge ou de la situation familiale. L’habit des hommes est plus sobre, et se compose généralement d’un pantalon large de couleur sombre et d’une veste élaborée.

 

 

 

Relogement et problèmes de propriété

En tant que minorité ethnique recluse et largement marginalisée, la tribu Akha fait face à de nombreux défis qui menace son identité, à commencer par les terres qu’elle occupe.

De par la structure communautaire et fortement héréditaire de la tribu, les Akhas considèrent que la propriété des terres repose sur l’autochtonie et l’hérédité, faisant fi des documents officiels attestant de la propriété légale. Naturellement, cette conception traditionnelle, que l’on retrouve d’ailleurs chez la grande majorité des autochtones qui ont choisi de maintenir leur mode de vie ancestral, est en parfaite contradiction avec les lois des pays qui abritent la minorité akha.

Ce constat est encore plus exacerbé par le fait que les Akhas ne sont pas considérés en tant que citoyens à part entière ; ils ne peuvent donc pas acquérir « légalement » les terres qu’ils occupent, pour peu qu’ils en aient les moyens financiers.

Pour pallier cette problématique, les gouvernements thaïlandais qui se sont succédés depuis le milieu du 20e siècle ont relogé des milliers d’Akhas dans des villages spécialement aménagés, mettant ainsi fin au mode de vie semi-nomade de la tribu.

En conséquence, leurs terres ancestrales ont été saisies, pour être par la suite cédées à des firmes forestières ou à des entreprises opérant dans le secteur de l’agriculture. D’un autre côté, l’Etat justifie ces mesures par la volonté de protéger les forêts et de promouvoir une agriculture ancrée dans la dynamique du développement durable, contrairement à la tradition akha qui repose sur la technique de l’agriculture itinérante sur brûlis.

 

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