La Tribu Lisu

Avec une population totale estimée à quelque 1 200 000 personnes, réparties entre la province chinoise de Yunnan, les régions montagneuses de la Thaïlande, le nord de la Birmanie et l’Etat indien de l’Arunachal Pradesh, la tribu Lisu fait partie des 6 principales tribus du nord de la Thaïlande.

Leur culture partage de nombreuses similitudes avec celle des Nuosu de Sichuan en Chine, si bien que les ethnologues du 20e siècle ont longtemps confondu les deux peuples. Pourtant, les Lisus possèdent un héritage culturel conséquent, dont le trait le plus illustre reste le mode de transmission du savoir traditionnel en… chanson !

 

 

Il n’est pas rare qu’une célébration Lisu se prolonge jusqu’à l’aube en raison de certains chants dont les paroles s’étalent sur de nombreuses pages, illustrant la richesse de l’héritage de ce peuple dont les péripéties migratoires ont surtout été motivées par des raisons de survie, contrairement à d’autres peuples des collines, notamment les Hmongs, qui ont subi de plein fouet les affres de la guerre froide…

Village typique - Tribu Lisu
Village typique – Tribu Lisu

La Tribu Lisu: Une Origine Incertaine

En dépit d’un intérêt certain des académiciens chinois, l’origine du peuple Lisu n’a pas été établie avec certitude. Il est néanmoins probable qu’ils soient les descendants directs des indigènes semi-nomades du Tibet. Ils auraient choisi de migrer en Chine, en Birmanie, en Inde et plus récemment en Thaïlande, pour survivre à l’assèchement progressif du sol tibétain. A l’image d’une grande partie des peuples des collines, les Lisus ont d’abord élu domicile en Chine, dans la partie nord-ouest de la province de Yunnan, où ils ont vécu pendant des milliers d’années, comme l’attestent les nombreuses similitudes culturelles qu’ils partagent avec l’ethnie Han, considérée comme le peuple « historique » de Chine.

Ce n’est que deux millénaires plus tard, au milieu du 19e siècle, que les Lisu entameront leur migration dans les contrées voisines, notamment à Momeik et Mogok en Birmanie, puis dans les hauteurs du Nord thaïlandais où ils feront partie des 6 tribus des collines.

Les premiers Lisus entretenaient une relation intrigante avec les Chinois du Yunnan. D’un côté, de nombreux écrits font état d’une coexistence pacifique, d’un échange culturel affirmé, d’activités de troc et même de mariages mixtes, tandis que d’autres traces laissent à penser que des raids, des kidnappings et des massacres ont ponctué les relations sino-Lisu à certaines périodes de l’Histoire.

Vetement Traditionnel Lisu
Vetement Traditionnel Lisu

Traits Culturels et Mode de Vie du Peuple Lisu

Depuis les temps anciens, la culture Lisu sera fortement imprégnée de celle des Chinois de Yunan. Cette influence s’accélérera en 1956 avec l’abolition de l’esclavage et la réforme agraire, qui favoriseront l’assimilation des Lisus. Ce constat se traduira par l’abandon de la culture des opiacés, l’introduction de nouvelles techniques agricoles comme la fumure, l’irrigation, l’étagement des cultures et l’utilisation des outils modernes.

Ce changement soudain des mœurs et du mode de vie du peuple Lisu sera exacerbé par le « Grand Bond en Avant » et la « Révolution Culturelle » lancés par le régime chinois, mais aussi par la prohibition de toute forme de « nationalisme local » au profit d’une marche rapide vers le socialisme.

Les croyances traditionnelles du peuple Lisu régissent plusieurs aspects de leur vie. Ainsi, la maladie est perçue comme une disharmonie entre le patient et le monde des esprits. Il devient alors vital de consulter un shaman « ne pha » pour désenvouter le malade en transe. La famille devra alors organiser une cérémonie de réconciliation et sacrifier un poulet ou un porc pour sceller la guérison.

La mort est particulièrement crainte par les Lisus, qui considèrent que l’esprit d’une personne décédée demeure potentiellement dangereux pendant trois ans, après quoi il rejoindra la demeure de sa descendance, sur l’autel. Les esprits de ceux qui n’ont pas d’enfant, ou de ceux dont la mort n’est pas naturelle (homicide, suicide ou accident) peuvent attaquer d’autres personnes selon la tradition.

 

 

Les esprits des anciens sont régulièrement honorés par des offrandes de riz, d’eau, de liqueurs, de bâtons d’encens et d’ambroisie pour répandre la santé et la bonne récolte.

La célébration du Nouvel An est la cérémonie la plus importante dans la tradition Lisu. Elle peut s’étendre sur plusieurs jours, au printemps. C’est l’occasion d’arborer les costumes traditionnels et les bijoux artisanaux, mais aussi de se marier.

L’habillement est indubitablement la forme la plus expressive de l’art Lisu. Le sac à bandoulière, brodé de formes abstraites et colorées, à la fois porté par les hommes et les femmes, est l’artefact typique des Lisus. Les bijoux, portés au poignet, au cou, aux oreilles, mais aussi dans le dos et la poitrine constituent le principal signe de richesse.

Le chant et la musique sont les principaux vecteurs de la transmission de l’héritage traditionnel, mais également le moyen de divertissement préféré des Lisus. Les mélodies sont jouées sur des guitares à trois cordes et des flutes à bec, et les envolées lyriques prennent parfois la configuration d’un défi où les hommes et les femmes s’échangent des chants d’amour à tour de rôle.

Le « renouvellement des arbres » est également une cérémonie phare dans tous les villages du peuple Lisu. Il s’agit de purifier les terres des mauvais esprits et de faire offrande de nourriture aux esprits qui défendent le village.

Festival Lisu
Festival Lisu

Croyances et Rites Religieux Lisus

La croyance Lisu repose sur de nombreux rites propitiatoires et un système d’offrande à l’esprit « Ne ».

La vénération des ancêtres est également très présente, et se matérialise par des cérémonies où les exploits des Anciens sont contés aux plus jeunes.

Cet attachement profond aux racines trouve son origine dans la croyance Lisu qui stipule que la prospérité du village sera conditionnée par la satisfaction des esprits des Anciens. La pratique religieuse est principalement réservée aux hommes, qui peuvent tous aspirer à devenir shamans, pour peu que qu’ils aient l’aptitude d’entrer en contact avec les esprits pour guérir la maladie.

Chez les Lisus, le shaman est réduit à un rôle strictement religieux, ne jouit d’aucun pouvoir particulier et perçoit une rémunération symbolique. Le prêtre, appelé « Mu Meu Pha », se doit d’assurer le traçage du calendrier religieux (lunaire) pour coordonner les cérémonies. Les Lisus observent un cycle de 12 années, comme les Chinois, mais le calendrier diffère souvent d’un village à l’autre.

Famille et Mariage

Si deux membres de clans différents peuvent se marier sans craindre de représailles, les Lisus favorisent le mariage entre cousins, du côté paternel.

La polygamie et les divorces sont rares, et les familles comptent souvent une dizaine de membres.
Jusqu’au milieu du siècle dernier, les hommes se devaient de « servir » les parents de leurs épouses pendant une durée négociée avant le mariage, et s’acquitter d’une dote en nature.

Aujourd’hui, ces pratiques sont devenues marginales, et les mariés emménagent le plus souvent pour vivre en dehors du cocon familial, à l’exception du benjamin qui reste dans la maison de ses parents avec sa femme et ses enfants.

Il recevra la plus grande partie de l’héritage de ses parents, notamment la maison et les éventuelles créances envers d’autres membres de la famille ou du clan. C’est aussi sur le benjamin que repose la responsabilité d’entretenir ses parents lorsqu’ils deviennent incapables de cultiver la terre.

 

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